Je suis une interface, le lieu où se catalysent les éléments, où s’activent les transitions.

Arthur Debert développe une pratique protéiforme qui trouve son origine
dans le travail collectif et dans l’échange. Continuellement en dialogue avec l’autre,
son oeuvre prend corps au moyen de déplacements, de rencontres et de collaborations
multiples. Au centre de ces échanges se trouve la question de la transmission
et de la survivance des savoirs, aussi bien subjectifs et anecdotiques que mémorables.
Les transitions et les différents états de la pensée ou des objets porteurs de savoirs
sont ensuite retranscrits au moyen d’installations, de vidéos et d’éditions - supports
sur lesquels l’artiste vient fixer l’état indéterminé des choses et de son vécu.

Licia Demuro, 2017.






















«« cinema is the art of sculpting time. » - Andreï Tarkovski


The idea of cinema is guiding like a red line through
the work of Arthur Debert. Evoking movies as well
as gestures, he is researching unexpected
perspectives with a main focus on the
disappearance of figures and practices.
He is interested in cultural forms becoming empty,
in the circulation of images and how they mark
these mutations in actual cultures.




« Le cinéma, c’est l’art de sculpter le temps. » - Andreï Tarkovski


L’idée du cinéma nous guide comme un fil rouge
à travers le travail d’Arthur Debert. Parfois même
immatériels, ces projets prennent la forme d’action
ou d’installation, mêlant animations vidéo,
sculptures et rituels. Faisant appel à des figures
et des pratiques en perte de visibilité, il évoque
aussi bien films et gestes à travers des mises
en perspectives inattendues. Son attention se porte
particulièrement sur les formes culturelles se vidant
de leurs contenus ainsique la circulation des images
et comment ces deux indicateurs rendent visibles
les mutations à l’oeuvre dans les cultures actuelles.




















Polyphases

Les objets se perdent et disparaissent. Les formes qu’ils représentent,
elles, ne meurent pas, elles sont des fonctions. Nous, nous activons
ces images et ainsi réactualisons leur contenu en d’autres lieux
et en d’autres temps. Nous sommes les interprètes impermanents
de ces formes qui nous traversent en passant de mains en mains,
leurs fonctions à jamais intactes.

Il n’y a que des flux, de personnes et d’objets ; des mouvements
et des métamorphoses, d’un état à un autre. Nous sommes interchangeables,
polyphasiques. Nous pouvons aller et venir sans altération,
naviguant entre ces statuts, et ainsi traverser ces états indéterminés
et passer par les points critiques où nous sommes tout à la fois.

Je suis une interface, le lieu où se catalysent les éléments,
où s’activent ces transitions. Ici support, sujet et objet sont interdépendants,
dansant la même ronde que l’artiste, le curateur et le collectionneur.
Je bricole les formes et les fonctions, créant des hybrides qui ne se veulent
au départ ni efficaces, ni productifs, ni beaux.

Cela ne dure qu’un temps et les masques et les danses finissent
toujours par se taire momentanément, alors je redistribue les rôles
à tous les joueurs avant que la ronde reprenne. Je suis l’instrument
de gestes que je n’ai jamais appris. Je suis la caméra qui enregistre
ces mouvements, ces trafics d’influences qui se trament sous mes yeux.
Sur le vaisseau monde, nous sommes plusieurs à penser ainsi,
et de temps à autres il nous arrive de nous entendre de loin
comme un échos. Nous dialoguons pendant des jours, parfois
des mois, un mots après l’autre, préparant des plateformes
en vue de nos rendez-vous futurs entre collaborateurs égaux.

Nous devrons sûrement pour cela redensifier le dialogue,
remettre en jeux les langages ainsi que trouver des manières
de continuer à travailler, ensemble et non les uns contre
les autres. Il nous faudra ré-inclure du jeu et des erreurs là où l’on en voulait plus,
et créer nous-même, de toutes pièces rapportées, les armes de dépasser nos égos.

Je ne sais rien de la suite du voyage si ce n’est que nous serons plusieurs à le faire,
que c’est en se déplaçant ensemble que nous créerons les espaces nouveaux
dont nous aurons besoin, dans les soutes de nos transports et non sur les îles
désertes qui jalonnent la route. Je serai le colporteur, interprétant de toute mes forces
les danses que j’aurai trouvées utiles, les formes qui me semblent nécessaires
et je réunirai ainsi toutes les oeuvres dont nous aurons besoin.

juillet 2015





 

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